“L’archet qui danse” – la-croix.com

Tatjana Vassiljeva, l’archet qui danse

Entre un magnifique enregistrement des six suites de Bach pour violoncelle seul et une série de concerts à la Grange de Meslay jusqu’à la fin de la semaine, la jeune artiste poursuit sereinement sa route. Elle se réclame autant de la grande tradition russe que de la redécouverte du style d’interprétation baroque

Elle est russe, prodigieusement douée, lauréate en 2001 du prestigieux Prix Rostropovitch et vient de livrer une vision rayonnante et engagée des suites de Bach, cette Bible du violoncelliste. Un parcours impressionnant… mené par une jeune femme délicieuse, simple, au sourire enchanteur. Tatjana Vassiljeva, dans un français raffiné malgré quelques fautes dont elle s’excuse gentiment, se raconte sans manières.

On ose le cliché : il y a dans sa façon d’être la même poésie gracieuse, la même énergie harmonieuse que dans son jeu. Voyez ses débuts : elle les évoque avec amusement. « J’ai commencé le piano, l’instrument de ma mère. Mais comme ma main convenait au violoncelle, alors on me l’a fait apprendre. Je n’étais pas emballée, mais je n’étais pas contre ! C’est par la suite, en entendant Jacqueline Dupré dans Dvorak, que la passion est venue. »

La fréquentation de Bach a suivi un chemin analogue. Mouvement après mouvement, suite après suite, Tatjana Vassiljeva s’est plongée dans ce génial corpus. « J’avais 22 ans lorsque j’en ai eu fini et environ 25 quand l’immensité et l’humanité profonde de ce monument musical me sont apparues en pleine lumière. » Elle caractérise chacune, de la première, solaire, à la sixième, immatérielle, en passant par la cinquième, tragique…

Rencontre « inoubliable » avec Mstislav Rostropovitch

Pour traduire leur inépuisable variété, leur élan dansant comme leur haute spiritualité, la jeune femme rend hommage au style d’interprétation baroque qu’elle a découvert à Munich, où elle est partie étudier à 18 ans. Elle ne renie pas pour autant, loin s’en faut, la grande tradition russe et se souvient avec émotion de sa rencontre « inoubliable » avec Mstislav Rostropovitch, en 2001, lorsqu’elle remporta le concours qui porte son nom. Parmi les musiciens qui l’ont aidée à affirmer sa personnalité et à franchir les étapes de sa jeune carrière, elle cite encore le chef d’orchestre Claudio Abbado, l’altiste Youri Bashmet ou le violoniste Guidon Kremer.

Comme nombre de musiciens, Tatjana Vassiljeva voyage à travers le monde et se produit aussi bien dans la « vieille » Europe qu’en Asie, là où le répertoire classique occidental est si apprécié. « On est parfois déconcerté par le public, comme ce jour à Wuhan en Chine, où deux dames assises au premier rang d’orchestre, mangeaient bruyamment des oranges tandis que je jouais. Difficile de rester concentrée ! »

Elle avoue ressentir intensément la présence de l’auditoire. « Il vous porte parfois, sans que l’on sache vraiment comment. On se surprend soudain à jouer mieux… » Installée à Berlin, « tout près de la Philharmonie, ce qui permet d’assister à de magnifiques concerts », Tatjana Vassiljeva aime se retrouver régulièrement en France : « J’ai appris votre langue pour cela, pour honorer cette complicité de toujours entre la Russie et la France. »

EMMANUELLE GIULIANI www.la-croix.com


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